Choisir ses amis
Pendant longtemps, j'ai laissé les autres me choisir à ma place.
Hello,
J’espère que vous ne souffrez pas trop de la canicule (lol).
Pour ma part, j’ai senti le truc arriver gros comme une maison : voyant le thermomètre qui commençait à s’emballer la semaine dernière, j’ai pris mon fils cadet sous le bras et nous sommes partis nous réfugier chez mes parents, sur la côte d’Opale.
Bon, je vous rassure, ici aussi il fait chaud. Mais un “petit” 30 degrés seulement donc je ne vais pas me plaindre, mais sachez que je compatis très fort avec vous.
Voilà, maintenant je vais vous raconter une jolie histoire. Enfin, moi je la trouve jolie mais peut-être que vous la trouverez banale. Vous me direz ?
Dimanche dernier, j’ai passé la journée avec mes parents et leurs amis. Nous avons mangé au restau pour la fête des Pères (au Sésame, à Calais et c’était très bon !). Ensuite nous sommes allés nous promener tous ensemble sur la digue, face à la plage, qui a été superbement aménagée. Bravo Calais : des jeux pour enfants, des petits bars sympas, un skate parc, des glaciers, et mêmes quelques boutiques de babioles d’été, dont certaines fabriquées à la main par des petites créatrices.
Calais is the new place to be.
La ville n’a pas la réputation d’être jolie et à chaque fois qu’on parle de Calais c’est toujours pour évoquer “la jungle” ou les migrants… mais la réalité est différente. Je trouve le centre-ville agréable et Calais a l’âme de ces villes portuaires… un peu chaotique, pas charmante, mais attachante. Et avec toujours une belle lumière même quand il pleut.
Il y a aussi un très beau musée de la dentelle que je vous recommande de visiter si un jour vous passez dans le coin, sait-on jamais…
Pendant qu’on se promenait sur la digue avec les amis de mes parents, j’ai demandé à ma mère comment ils s’étaient rencontrés.
Je vous le donne en mille : ils se sont rencontrés sur la plage.
Une fin d’après-midi d’hiver, sous un ciel gris et brumeux. Mes parents se baladaient tous les deux sur la plage de Petit-Fort-Philippe, et leurs amis aussi. J’ai oublié la raison pour laquelle ils ont commencé à discuter, il se passait apriori quelque chose d’intéressant sur la plage qui méritait de parler et de commenter avec des inconnus… Et voilà que les cinq premières minutes de discussion sont devenus quinze, puis trente, et qu’au bout d’une heure, ma mère a réalisé qu’ils se parlaient toujours debout sur la plage.
Alors ils sont partis boire un verre et se sont échangés leur numéros.
Ça fait deux ans et demi qu’ils sont amis et qu’ils passent de très bons moments ensemble, à s’inviter à dîner ou à faire des activités tous les quatre ou avec d’autres amis qu’ils avaient déjà.
C’est une histoire très simple, je vous l’accorde, et vous vous demandez pourquoi je vous raconte un truc aussi banal n’est-ce pas ?
Et bien, parce que c’est ma mère qui a proposé à son amie Laurence (c’est son prénom) d’échanger leurs numéros de téléphone et de se revoir. Car “le courant passait super bien” dixit ma mère.
Sauf que ma mère, c’est la personne la plus timide que je connaisse. Elle cherche toujours à se faire toute petite, à ne pas faire de vague, et puis… elle n’ose pas déranger, elle ne veut pas contrarier personne. Et j’imagine qu’elle n’a pas trop envie de se prendre des râteaux non plus, comme tout le monde.
Pourtant, elle a osé. Elle a suivi son instinct et son coeur.
Et moi je trouve ça très beau dans cette société où on dit souvent que tout est calculé, que les relations authentiques n’existent plus, que les gens sont bêtes et qu’on ne peut plus leur faire confiance. Dans cette société où on se méfie de plus en plus, ou tout semble suspicieux. Dans cette société oû l’on se sent souvent obligé de jouer un rôle pour être accepté. Par peur de ne pas être aimé pour soi-même.
J’ai repensé à cette histoire le soir avant de m’endormir, et j’ai déroulé le fil de ma propre vie et de mes amitiés à moi.
J’ai de très bonnes amies dont certaines depuis l’enfance. Je suis très fidèle dans mes relations même si je ne suis pas parfaite, évidemment. Je ne me souviens jamais des anniversaires, je suis nulle pour faire des cadeaux, j’oublie souvent les détails qu’on me raconte… mais ces amies, ce sont les soeurs que je n’ai pas eues.
Elles m’aiment inconditionnellement avec tous mes défauts et réciproquement.
Mais…
J’ai tellement peu confiance en moi que pendant longtemps, j’ai pensé que je ne méritais pas de choisir mes amis. Que je n’étais pas assez bien pour les autres. Alors je laissais les autres venir à moi. Oui, je les laissais me choisir… autant vous dire que quand on laisse les gens choisir à notre place, on ne récolte pas forcément le meilleur. D’ailleurs ça m’a valu quelques relations très toxiques où je subissais absolument tout.
Je suis évidemment responsable d’avoir laissé les autres décider pour moi. Ça m’apprendra à n’avoir aucune estime de moi-même.
Il y a aussi des amis que j’ai perdus alors que je les avais choisis, et ça c’est peut-être le plus grand drame de ma vie. Etre rejeté pour qui on est, c’est dur. Vraiment dur.
On le sait : les chagrins d’amitié font souvent plus mal que les chagrins d’amour.
Mais c’est la vie. Ce n’est pas parce qu’une histoire d’amitié se termine que vous ne valez plus rien. Même si ça ne vous empêche pas de vous remettre en question, car vous avez peut-être fait des erreurs, pas su dire ce qu’il fallait… je ne dis pas que les torts sont toujours partagés mais quand des amis se séparent, c’est que la communication a merdé à un moment donné.
Cette lettre n’a d’autre but que de vous faire réfléchir à vos relations et à vos amitiés.
Et de vous dire que vous avez le droit de choisir vos amis quand une personne vous attire pour plein de raisons, et que vous avez envie de la faire entrer dans votre vie.
Et puis, très important : on croit souvent que les gens sont très entourés, qu’ils ont déjà assez d’amis pour ne plus en vouloir d’autres. Mais on ne connait pas toujours la vie des gens ni ce qui se passe lorsqu’ils rentrent chez eux et qu’ils ferment la porte. Certaines personnes sont parfois très seules…
Arrêtons d’avoir peur et osons faire le premier pas, ça fait tellement de bien dans ce monde un peu pourri.


Touchée à double titre par ce joli texte… d’abord parce que nos histoires d’amitiés sont parfois subies, jusqu’au jour où on s’aime assez, c’est vrai.
Touchée aussi parce que le décor est celui dans lequel je suis née. Merci pour ces mots délicats pour cette ville de Calais, paradoxalement attachante.
Merci 🙏
Les relations “calculées” ont pris tellement de place dans notre vie, que l’on a parfois du mal à suivre son instinct et vivre au feeling d’une belle rencontre par peur de paraitre bizarre !
Pour anecdote : Mes filles de 18 et 22 ans rencontrent des personnes avec qui elles ont des passions communes, elles se rencontrent “en vrai” mais échangent en MP sur Insta sans s’échanger leur numéro : je trouve ça étrange et triste.
Ma maman est originaire de Calais : les plages et la côte sont magnifiques !